Les Fleurs du Mal : la vanesse du chardon

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Article initialement publié le 25 Juillet 2016

Nous sommes cloîtrés à Gunma. Lieu cerclé de montagnes infranchissables, sorte de village-cuvette dont les eaux se seraient depuis longtemps retirées rouillant dans leur sillage chacun des piètres bâtiments. Les habitants, pourtant, semblent continuer à y vivre en apnée. Sans remous, les atlantes vivent au gré des courants. Parmi ces amphibiens, Kasuga Takao croient détonner, persuadé de sortir de l’eau en nourrissant une passion dévorante pour la littérature. Yumeno Kyusaku, Mitsuharu Kaneko, Yasutaka Tsutsui… trônent fièrement dans sa chambre aux côtés de poètes français tels qu’Arthur Rimbaud, André Breton, mais aussi et surtout Charles Baudelaire dont le portrait orne son chevet. Ainsi animé par une faim inextinguible de vers, Takao rumine inlassablement les Fleurs du mal, recueil de poèmes, qui donne son titre au manga de Shuzo Oshimi.

Baudelaire et ses Lesbiennes ne sont pour autant pas les seuls objets à enserrer le cœur de Takao, puisque son amour pour Nanako Saeki, sa brillante et qui plus est jolie camarade de classe, en occupe, certainement à elle seule, tout un ventricule qui risque bien de rester à jamais creux. Alors lorsque l’occasion de combler un tant soi peu celui-ci se présente, c’est presque instinctivement que le collégien s’en saisit. La tenue de sport qu’a portée la belle plus tôt dans la journée gît là-bas, oubliée, au fond de la classe dans un sac aux imprimés fleuris sur lequel on peut lire « Nanako Saeki ». « Qu’est-ce que tu tentes de faire ?! Idiot ! » s’hurle-t-il avant de tourner les talons à l’objet de sa tentation… Trois pas à peine et déjà l’adolescent revient vers le sac pour en sortir le mini-short et le t-shirt moulant qu’il contient. « Cette odeur de shampooing… » il n’y résiste pas… « Clac » un bruit de porte interrompt la transe de Takao, qui prend la fuite en serrant son butin contre sa poitrine…

Le lendemain matin, Nanako Saeki, les larmes aux yeux, entre en classe aux côtés du professeur principal. Après avoir fait se lever et saluer ses élèves, le maître déclare avoir une annonce à faire : «Il s’avère que les vêtements de sport de Saeki ont disparu. Concernant cette disparition, est-ce que l’un ou l’une d’entre-vous aurait une idée de ce qui a bien pu se passer ?» jette-t-il à la classe. Takao est mortifié, une larme perle le long de la joue de Nanako et la classe ne tarde pas à s’agiter : «j’y crois pas !» «lamentable» «c’est sûrement l’œuvre d’un pervers !»…

La fin de la journée arrive enfin. Tourmenté par les derniers événements Takao enfourche son vélo pour rentrer chez lui. Il n’en a pourtant pas particulièrement envie. Non, il voudrait s’enfuir loin, très loin d’ici, mais où ? Y a-t-il quoi que ce soit au-delà de ces montagnes ? C’en est trop, le collégien se met alors à hurler et pédaler, pédaler, pédaler… pour enfin arriver près de la rivière où il trouve Nakamura Sawa, camarade de classe profondément dépressive, marginale écorchée vive. «Emmène moi de l’autre côté de ces montagnes.» lui ordonne-t-elle en montant sur le vélo. «Si tu veux que je garde ça secret : dépêche toi d’avancer. Je t’ai vu. Je t’ai vu voler les vêtements de Saeki.»

Je me garderai de dévoiler d’avantage les événements d’Aku no Hana, mais croyez bien que ceux-là sont loin de se cantonner à ce que nous nous sommes efforcés de relater précédemment.

Aku no Hana est, à peu de choses près, le découpage imagé de l’adolescence de son auteur : Shuzo Oshimi. D’ailleurs, à la fin des premiers volumes, le mangaka n’hésite pas à mettre en case divers de ses souvenirs d’adolescents qui ont vraisemblablement contribué à la confection de l’œuvre. Or, c’est dans cette veine personnelle que Aku no Hana puise toute sa puissance. C’est grâce à celle-ci qu’Oshimi parvient à nous livrer des scènes d’une telle intensité. C’est en y plongeant sa plume que ces adolescents, comme autant de «rois de l’azur» et autres «princes de la nuée» déchus, prennent réellement corps. Enfin, c’est parce qu’il ne triche pas que Aku no hana nous touche, et croyez-le la marque que laisse ses épines est profonde.

A propos des Fleurs du Mal :

En 2018 : Le manga Happiness de Shuzo Oshimi est annoncé chez Pika

Fraîchement débarrassé de son long patronyme en pointwordpresspointcom, Plan Tatami s’est allégé. Dans la barre d’adresse de votre navigateur donc, mais pas uniquement puisque au cours du déménagement le site s’est contenté d’emporter les cartons estampillés cinéma. Contenu particulièrement cher à l’auteur et sur lequel celui-ci aimerait se concentrer à l’avenir. Concernant les articles sans-abri, Vaikarona s’est présentée à eux en tant que chaleureuse terre d’accueil. Havre de lignes entre lesquelles reparaît aujourd’hui le papier que vous venez de parcourir.

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