Wolf’s rain, la fin de l’humanité est jaune

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Article initialement publié le 30 Juillet 2015

Diffusé en Janvier 2003, Wolf’s rain est une série de 26+4 épisodes du studio Bones (Space Dandy, Full Metal Alchemist, Eureka Seven…). En France, elle est licencié par Dybex.

L’histoire prend pied dans un monde mourant ou les hommes sont réfugiés dans des villes dirigées par de mystérieux nobles. Un loup blanc du nom de Kiba fait son apparition dans l’une d’entre elles, guidé par l’odeur d’une fleur de lune. On découvre rapidement que celle-ci est en réalité une fille nommée Cheza. Cette dernière semble liée au Paradis, un endroit supposé magnifique ou les loups pourraient trouver la tranquillité et le bonheur. Accompagné de camarades de la même espèce rencontrés sur le chemin, il part à la recherche de cette “fleur” qu’ils ne semblent pas être les seuls à convoiter.

Étrange histoire que celle-là mais suffisamment attrayante pour vouloir la suivre jusqu’au bout. Pourtant Wolf’s rain c’est avant tout une réussite musicale. Avec la grande Yoko Kanno à la composition (Cowboy Bebop, Terror in Resonance) on ne pouvait espérer que du bon. L’OST, l’Opening et l’Ending sont tous les 3 excellents. Si ce n’est peut-être pas sa meilleure prestation, elle est à mettre sur un podium. Marquant la série et contribuant à lui donner une personnalité, elle colle aux moments-clés avec une certaine justesse. Je garde un très bon souvenir de ces passages ou les loups parcourent de longue distances avec un chant en fond. Et comment oublier cet ending de Maaya Sakamato (OP de Sekai Seifuku, Seiyuu de Ryogi Shiki de Kara no Kyoukai).

Malheureusement l’usage de la musique n’est pas toujours des plus brillants entre des interruptions brutales et de longs silences loin d’être recherchés et plutôt désagréables. Elle couvre cependant efficacement les scènes d’action et celles simplement contemplatives qui parcourent la série. L’animation y aidant, le studio Bones offre ici quelque chose d’efficace et qui n’hésite pas non plus à surprendre. Il suffit de nommer un certain Yutaka Nakamura, animateur de renom si ce n’est pas le plus connu, pour comprendre que Wolf’s rain est une excellente source de pépites visuelles. Le tout est rendu très expressif grâce au character design de Toshihiro Kawamoto que l’on connaissait sur Cowboy Bebop et qui a travaillé plus récemment sur celui de Kekkai Sensen. Aucun doute, les loups comme les personnages principaux ont un certain charme et un regard à faire fondre.

Pourtant il me parait difficile de dire que Wolf’s rain est une belle série. Si la série date déjà de 2003 ce ne sont pas les années qui rendent le visionnage plus difficile mais des choix de production et de réalisation de base assez douteux et révélateurs des principaux défauts de cette série. Si le studio est à l’origine de quelques unes des meilleures séries de la décennie, Bones ait à ce moment-là assez jeune (5 ans exactement), Wolf’s rain est alors une série diffusé seulement 3 mois avant Full Metal Alchemist.

L’une des premières choses se remarquant au visionnage de la série est sans doute ce ton assez étrange. Quelque chose de jaunâtre, verdâtre et amère, triste et tantôt gris qui décorent les villes et les zones désertiques d’une manière assez étrange. Si Wolf’s rain prend comme point de départ quelque chose qui ressemble  la fin du monde ou au moins au déclin de l’humanité, je n’ai pas trouvé pertinent que la série jongle sur les couleurs-là. Comme une idée mal trouvée, cette dominance de couleurs très bof contribue davantage à rendre la série laide qu’à rendre l’atmosphère d’une fin du monde. Malheureusement pour Wolf’s rain, des séries comme Casshern ont montré qu’il y avait des manières beaucoup plus intéressantes et poignantes de jouer sur les couleurs pour rendre une émotion de ce genre.

Malheureusement il ne s’agit pas seulement d’une teinte un peu étrange mais bien du témoignage que ni le monde ni l’histoire de Wolf’s rain ne sont pas construit de manière cohérente. Planète étrange et généralement vide, la série est l’occasion pour ses protagonistes de passer de la toundra au désert jusque dans d’immenses bancs de glace avant de se réfugier dans des villes tout aussi étranges. Bâtiments sans portes, sans fenêtres, sans mobilier ou avec d’immense tuyaux à ciel ouverte qui ne semblent à rien correspondre sauf peut-être une tentative de steampunk un peu légère.

Au dessus de ces villes ressemblant tantôt à des favelas, une tribu indienne, une cité industrielle,des ruines d’un ancien temps, des villes futuristes, se baladent des vaisseaux volant issus d’une technologie sans origine et dirigés par des hommes masqués. Appartenant à une sorte de noblesse n’ayant ni demeure ni place concrète dans ce monde on ne présente ni les dirigeants ni les frontières, ceux-ci s’opposent à nos protagonistes de manière hasardeuses avec des motivations qui resteront vagues jusqu’à la fin.

Wolf’s rain m’est apparu davantage comme une tentative grotesque de représenter la quête sans fin vers le bonheur mais qu’on retiendra davantage pour ses hybrides chevaliers-robocops sans personnalité. 4 loups foncent vers un rêve incertain, guidés par une sensation intime qu’il se trouve à la fin de leur épopée un idylle somptueux aux allures de conte de fées. La clé vers ce Paradis se manifeste sous les traits d’une jeune fille fragile qui devient objet d’obsession pour la quasi-totalité du casting de la série. Une lutte incessante ou s’emmêlent motivations personnelles et celles supposés plus purs de quelques animaux dits indomptables mais enchainés par leurs chimères.

S’il pourrait paraitre intéressant d’y voir un double sens ou une deuxième lecture derrière ce propos évasive, le résultat y est malheureusement quelque chose d’insensé. Il ne suffit pas de représenter la quête sans fin vers le bonheur pour donner un poids à l’histoire de sa série. Les 4 loups que nous suivons tout le long bataillent entre eux, liés par un but commun à peine crédible. Malheureusement leurs personnalités s’entrechoquent sans pour autant se développer elles-mêmes. Caractéristiques tenant sur timbre poste, on reconnait en chaque protagoniste des clichés usés et revus. Après 26+4 épisodes ont sait au final peu de choses sur les personnages, leur histoire et leurs motivations.

On trouvera un peu de confort dans le couple Cher & Hubb, divorcé mais obligé à rester ensemble mais aussi Quent ce chasseur de loups aux motivations charmantes mais dont le gout à la vengeance le fige à n’être qu’un solitaire sans substance. Au final ce que je regrette le plus de cette série c’est l’absence d’humour, parfois essayé mais jamais efficace et qui traduit ici l’impression que le scénariste avait quelque chose à transmettre mais qu’il n’a réussi à donner vie ni à son message ni à ses personnages.

Wolf’s rain est une série difficile à suivre. Non pas que le propos soit complexe à suivre mais parce qu’il est étonnamment simple et prend un temps fou à être formulé en très peu de mots. Le paradis comme objet incertain est compréhensible mais que sa quête se manifeste par les mêmes disputes entre chaque personnage tout le long l’est beaucoup moins.  Beaucoup de choses restent inexpliqués comme l’existence de Cheza mais aussi le fait que nos loups puissent se transformer en humains. Et malheureusement pour en rajouter encore plus sur le plan des difficultés, les conditions de diffusion de la série sont loin d’avoir été simples.

En 2003 l’épidémie du SARS frappe le Guangdong, une province de Chine. Ses répercutions se propagent dans toute l’Asie ainsi qu’au Japon. En résulte 1 mois ou de nombreuses séries sont perturbées par la catastrophe. Du côté de Bones, on décide de faire une pause et de diffuser 4 épisodes récapitulatifs. Malheureusement c’est près d’1h30 de contenu qui partent en fumée. La série se termine en Juin sans que l’histoire soit achevée et il faudra attendre Janvier 2004 pour voir la fin arriver sous forme d’OAVs. Mieux réalisés, mieux animés et mieux rythmés ils n’apportent pourtant pas satisfaction et laisse une fin déprimante sans dépasser le plot de base. Une pensée donc pour ceux qui ont du subir cette attente (surtout pour une fin qui n’en valait pas la peine) mais aussi un sentiment d’incompréhension quant aux DVD de Dybex qui contiennent toujours ces récaps.

Pourtant, malgré tout ce que j’ai pu vous dire en mal, j’ai un peu envie de vous conseiller cette série. Aussi bien pour vous faire partager mon supplice que pour le côté un tantinet original de l’intrigue. Nous ne sommes pas dans un lycée comme dans un bon nombre d’animes, il y a une foule de personnages de tout âge et des points de vues différents qui peuvent être suivis avec un minimum d’intérêt. C’est cependant surtout pour ses musiques je retiendrais Wolf’s Rain. Encore aujourd’hui, cet ost de Yoko Kanno est dans le top 5 de ces choses que j’écoute en boucle sans soucis. Une véritable invitation à déprimer avec un sourire amère et écouter indépendamment de la série quitte à l’oublier une bonne fois pour toute.

Plus d’informations sur Wolf’s rain :

 

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