Call me by your name : l’amour n’est pas une saison

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On a tous une idée plus ou moins ferme de ce qu’est un amour d’été. Quelque chose d’évanescent, voué à mourir mais compris dans le lot des vacances, que l’on s’entêterait à poursuivre sans se soucier du monde et que la fiction n’a cessé de vendre avec beaucoup de nostalgie. Dans Call me by your name, Luca Guadagnino n’invente rien mais livre un très bon film doué d’une simplicité et d’un charme inimitables.

C’est à l’occasion de sa sortie au premier trimestre sur OCS que j’ai pu découvrir le film, bien après sa sortie au cinéma qui avait été l’occasion de nombreuses célébrations et louanges. Les attentes étaient là mais j’avais réussi à ne voir pratiquement aucune bande-annonce du film. Malheureusement à l’heure ou j’écris, le film n’est plus sur OCS mais je croise les doigts pour que vous le retrouviez avec autant de chances que moi car dans tous les cas c’est d’un bon film dont je vais vous parler aujourd’hui.

Ici notre héros n’est pas un arriviste ou un touriste en vacances, c’est l’hôte par excellence dans la demeure d’une famille aisée et cosmopolite. On y parle anglais, français, allemand ; on y voit un père étudier l’histoire, une mère parler littérature et une famille batailler sur de la politique. Elio y est un garçon de 17 ans, consacrant ses vacances à lire et jouer du piano. C’est par ses yeux que l’on découvre l’été italien de 1983 qui fait les contours du film et dans lequel s’invite celui qui fera de cette saison un moment à part de sa vie.

Quand Oliver entre en scène, il est cet étranger mystérieux dans tous les sens du terme. Une carrure impressionnante, un bel homme venu des Etats-Unis pour étudier avec le père d’Elio. Filmé le plus souvent de loin ou de manière imposante, dégageant du charisme et invitant à la curiosité ; il agit au gré de ses caprices tout en restant proche de tous ses hôtes. Elio et lui entretiennent des interactions froides et maladroites. Ce sont deux physiques, deux vies et deux egos que l’on aimerait voir ensemble mais qui s’acharnent à rester distants.

C’est la campagne italienne elle-même qui vient les aider et s’invite entre eux comme un personnage. Tantôt comme une excuse pour sortir, visiter et d’autres fois comme le lieu et sujet de quelques discussions sans prétention. Montrée autant que possible, on ne cesse de s’y balader depuis la demeure familiale jusque dans les champs et villes voisines ; à toute heure et toute ambiance. L’été s’imprime sur tous les plans et fait sortir les chemises ouvertes, les shorts de bain et invite autant aux excursions en vélo qu’aux sauts dans l’eau.

Et au fil du film, on s’amuse à remarquer qu’aucune de ces situations n’est réellement anodine, qu’il y a de l’amour à chaque sortie et que toutes les maladresses et altercations entre eux ne sont que des méthodes excessivement ratées pour se rapprocher de l’autre. On se plaît à voir de l’affection déborder de partout qui rattrapent ce que la fierté et la jalousie font perdre en temps. Ce sont pour nous 2h11 de film en leur compagnie : ce n’est assez ni pour le spectateur ni pour Elio et Oliver qui vivent l’été mais aussi sa fin. Et quand celle-ci commence à se faire sentir, elle devient l’occasion de cultiver toutes les craintes et espoirs possibles pour eux.

Call me by your name est sans conteste l’œuvre d’un réalisateur qui sait user de tous les signes visuels et sonores au service du cinéma pour raconter une histoire. On admire la manière qu’a la caméra de montrer Elio comme une figure surprenante à l’occasion de quelques plans ou à l’inverse de diminuer Oliver dans ses moments de faiblesse. C’est un royaume de l’implicite où les plans et les musiques ont autant d’histoires à raconter que les dialogues qui parcourent le film. Entre Mystery of Love et Futiles Devices, il y a de quoi se laisser porter tout le long du film sans aucune fausse note.

C’est sans doute ce que je retiens de plus appréciable dans le film. Alors même qu’on se trouve avec deux égos en conflit, je n’ai jamais eu l’impression d’avoir affaire à un film lourd. Il y a une simplicité tout le long qui est le symptôme d’une bonne écriture : de quoi être attaché outre mesure à ce que vivent Elio et Oliver. C’est une amourette d’été, c’est ce que nous répète chaque plan estival mais c’est aussi plus que ça. Peu importe comment le cinéma et la littérature de ces dernières années nous ont vendu ce genre d’histoires. Un amour qui cesse aussi vite qu’il a commencé ressemblera toujours à une chimère et ce sont les auteurs du roman et du film qu’il faut féliciter pour avoir rendu aussi difficile cette injustice causée par le temps.

C’est sûrement aussi pour ça que je ne peux que me réjouir de l’annonce d’une suite, sans pour autant pouvoir en deviner le contenu et inviter quiconque ne l’ayant pas encore fait à sauter dans le train des impatients et venir faire un tour en Italie.

Quelques détails :

Réalisé par Luca Guadagnino // Scénario par James Ivory // Roman de André Aciman // Acteurs : Armie Hammer (Oliver), Timothée Chalamet (Elio) // Musique de Gerry Gershman et Robin Urdang //…

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