Que va-t-on faire de Knut Hamsun ?

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Comment nous faire prendre parti avec le désarroi d’un homme né il y a 161 ans ? La première solution est d’ouvrir Google Images. Vous y découvrirez Knut Hamsun, un élégant auteur portant admirablement bien la moustache. Ravissant. La seconde est d’écrire un beau livre, de jouer de la première personne, de montrer des lettres, exposer ses obsessions et sa fierté. 

Barthe le temps d’un roman nous donne ainsi la conviction que le sort de l’homme est autant l’affaire de l’après-guerre norvégien que notre préoccupation personnelle. Knut Hamsun était avant tout le prix Nobel de littérature d’une nation qu’il a rendu fière. Il faut désormais conjuguer avec son adhésion pour l’Allemagne d’Hitler.

Le cœur du roman nous place dans des lieux d’exil : un hôpital, un asile, pleine de Knut, pleine de Hamsun à l’écart du vacarme que ses articles célébrant une Norvège allemande ont provoqué. Hamsun y est séquestré autant physiquement que mentalement. Ce qui ne l’empêche pas d’être le premier à justifier sa démarche dès lors qu’un journal arrive dans sa chambre ou auprès de ses interlocuteurs : Eilin, la belle infirmière à qui il aimerait rendre le sourire et Nils incarnant cette jeunesse qui s’est brandi contre l’Allemagne. 

L’auteur, livré avec un discours tout en raison paraît doté d’un bon fond. Toutes ses pensées sont chargées d’expérience, de rigueur et d’exigence pour de la vérité, de la justice et de l’honneur dans son pays. Sa parole est d’autant plus précieuse qu’elle s’oppose aux ragots mêlés d’émotion et aux mots de travers d’une nation en guerre ou il semble y avoir moins de place pour la vérité et davantage pour la rancœur.

C’est une vision en dissonance avec les discours cérémonieux de nos jours. La Seconde Guerre Mondiale ne sera jamais un lointain souvenir. Les à priori, les connaissances factuelles, les leçons d’histoires viennent s’entrechoquer au récit de Knut pour l’interroger constamment. Pendant que le lecteur fait l’examen de sa position politique et morale, la justice norvégienne fait celle de sa santé mentale. Elle le condamne à attendre, cherchant à faire oublier l’incrimination, à la rendre moins dramatique quitte à repousser indéfiniment le procès et en fin de compte ne jamais se demander ce que l’on va vraiment faire de Knut Hamsun. 

Le fait que ces événements aient eu lieu ne bradent en rien la fiction de Christine Barthe. Elle permet de mettre en lumière le désordre sans nom qu’ont provoqué toutes les ambitions nationales, la violence personnelle que cette guerre a été envers les minorités, les blessés ou les veufs. Knut Hamsun est ici un magnifique curseur derrière les murs pour voir comment la Norvège s’est reconstruite maladroitement. Il aura été étonnamment d’une charmante compagnie et, malgré lui, de formidables oreilles pour son époque.

Bibliographie

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