D’une prétendue utilité à critiquer

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Article publié le 9 Novembre 2015

C’est loin d’être la première fois que quelqu’un se prête à l’exercice d’expliquer pourquoi donner son avis. Récemment, j’avais lu et apprécié Meloku l’ayant fait sur Nostroblog dans son article A quoi bon donner mon avis, mais à la différence de ce dernier, je vais être un peu moins personnel parce qu’après 4 mois, je ne suis toujours pas à l’aise pour me confier ouvertement mais aussi parce que, comme l’indique le titre, je vais surtout m’appliquer à encourager le lecteur intéressé à critiquer à son tour : J’aime quand il y a de la rivalité dans l’air alors autant chercher de nouveaux adversaires.

Ce n’est pas pour moi

Depuis que je me suis attelé à la création de Vaikarona1 j’ai souvent entendu des personnes fuir la critique sous prétexte qu’ils n’étaient pas doués, qu’ils ne savaient pas écrire ou qu’ils en savaient trop peu pour défendre leur sujet.

Si j’épargne à moitié ceux qui n’ont ni le temps ni l’envie, il n’y a pas l’air d’y avoir de frontière inviolable entre l’espèce monstrueuse que serait le critique et le lecteur qui justifierait de fuir la tâche. La première preuve est que beaucoup de gens à qui je parle et qui tiennent un blog/site de critiques sont avant tout des passionnés qui avaient besoin d’un lieu pour exprimer leur amour et… je dois sans doute en faire parti. La seconde est que cette séparation surestimée semble exister ailleurs entre le romancier et le lecteur, le réalisateur et le spectateur, le politique et le citoyen. Il n’y a toujours qu’un pas à faire entre les deux. Le premier groupe (le politique, le critique,…) est passionné au point de vouloir toujours en apprendre plus et passer beaucoup de temps sur ce qu’il chérit ou simplement qu’il s’agit de son travail. Ce qui lui confère un avantage incontestable mais pas une supériorité absolue. Celui qui voudrait critiquer ne devrait pas se plier devant cette différence. Je considère qu’une argumentation solide et redoutable (même avec une connaissance limitée) peut mettre en échec n’importe quel travail ou le bouleverser profondément.

Je ne dis pas ça pour anéantir le travail de ceux qui ont bossé dur mais je ne pense pas non plus que travailler avec acharnement confère l’invincibilité contre celui qui aura appris de votre expérience en vous lisant. Je pense que critiquer comme écrire de manière général n’appartient pas à ceux qui connaissent leur sujet de fond en large mais à ceux qui, l’espace de quelques mots, se donnent à fond pour monter un écrit cohérent avec lui-même, qui sait à qui il s’adresse tout en étant une démonstration de leur passion. Ce n’est pas parce qu’on ne connait pas l’effroyable quantité de sous-étendus et messages visuels cachés1 dans l’œuvre de Miyazaki ou son passé à la TOEI qu’on est incapable de juger un de ses films et de donner un avis convaincant et utile pour le lecteur. C’est en tout cas ce que je veux défendre.

Bien entendu c’est difficile de rivaliser et il faudra du temps et plus d’une critique pour arriver à avoir un niveau satisfaisant à l’écrit mais il n’y a pas de mur entre celui qui veut s’y essayer et le monstre au loin. C’est plutôt une route avec une destination qui vous est propre. Aucun critique ne se ressemble, c’est génial mais c’est aussi assez étrange…

Ce n’est pas moi

Le critique semble pouvoir être celui qui ne semble d’accord avec personne, qui est prétentieux car il pense en savoir plus que la “masse”, celui qu’on voit cracher sur nos films préférés, celui qui parle avec un vocabulaire barbare. En même temps Critique ça peut aller à celui qui fait ça à côté ou celui qui en a fait un travail, celui qui écrit comme celui qui sait porter un jugement réfléchi dans une discussion, à celui qui parle dans le Grand Journal de Canal- (pour rien dire), au journaliste de votre magazine préféré, à Miss Roberta qui va vous parler du dernier “Twigrey” le dernier succès à base de vampires et de SM ou encore à Roberto l’otaku fan de Naruto.

Et du coup on peut se demander qui aurait bien envie de devenir ce monstre insupportable qui n’est d’accord avec personne. “Devenons tous des monstres et la vie sera plus belle, devenons tous critiques et il n’y aura plus à s’en faire” peut-on se dire avec un brin de folie. En tout cas cette vision utopique donne envie en apparence et même si ça engendrera sans doute d’autres problèmes, c’est peut-être l’idéal de tendre vers ce rêve doux et amer.

Mais pas besoin de s’enfoncer dans une utopie, il y a un intérêt direct à développer son ‘esprit critique”.

De l’utilité à critiquer

Je pense qu’on peut réussir à trouver une liste d’avantages assez commune à tous ces critiques mais je vais me contenter de mon expérience.

Alors ce produit “esprit critique” à quoi sert-il ? Pourquoi lui plutôt que l’esprit “soit c’est cool, soit c’est nul” ? Notre produit dispose d’une ribambelles de qualités à un prix peu élevé. Certes c’est plus cher que l’esprit concurrent en temps mais nous avons des avantages qu’ils n’ont pas haha. Choisissez “esprit critique” et vous verrez la vie en rose.
– Poyjo enfoncé dans un délire commercial

Critiquer c’est apprendre à faire le tri entre ce qui est mauvais et bien dans une œuvre, c’est apprendre à être un tantinet objectif et pouvoir faire comprendre à autrui pourquoi on aime ceci plutôt que cela. Si l’élément déclencheur est la passion, critiquer nécessite de contrôler et d’utiliser correctement sa passion pour ne pas se contenter de dire “C’est trop cool” ou “C’est à chier” car 3 mots n’ont jamais suffit à exprimer tout ce que l’on ressent. Le but c’est de pouvoir défendre au mieux les œuvres qui vous ont plu et d’enfoncer à 100 pieds sous terre celles qui ont saboté votre gout, à faire descendre de leur piédestal certaines séries idolâtrées et à être plus magnanime envers d’autres.

Au fil et à force de faire des critiques je me sens plus à l’aise pour défendre mes goûts mais aussi pour comprendre ceux des autres. Je suis également plus bavard, voire trop, voire beaucoup trop, voire excessivement trop. Critiquer sur le long terme permet d’apprendre à organiser ses idées, à construire un discours. Au cas par cas ça permet de développer, affirmer ou revoir complètement son opinion sur une œuvre. Ça permet également de rencontrer des personnes aussi dingues et passionnées que vous, d’avoir des rivaux qui vous paraitront dur à battre ou simplement des gens avec qui débattre et passer un bon moment.

Critiquer oblige à ne pas voir une œuvre comme un élément isolé mais comme une marche dans un mouvement. A voir One-Punch Man comme une conséquence et une réponse aux grands shonen, Jurassic World comme la preuve parmi d’autres de l’essoufflement des studios Hollywoodiens, Metal Gear Solid V comme un chapitre de la saga qui a le plus brillamment ancré les codes du cinéma dans le jeu vidéo et pas seulement comme un bon jeu d’infiltration de la nouvelle génération.

De l’utilité à écrire ce pavé

Je n’ai pas tari d’éloges sur cette activité parce que cette chronique est plus proche d’un article de propagande qu’autre chose mais difficile d’en nier les avantages (non ? non ? non ?). Bien entendu tout n’est pas rose et je pourrai me plaindre longtemps sur ceux qui critiquent pour l’argent, qui ferment les yeux sur les défauts ou les qualités d’une œuvre pour défendre un point de vue assez étroit, ceux qui sont fermés à la discussion ou encore ceux qui prennent de haut le reste du monde.

Pourtant critiquer est quelque chose qui me parait d’assez innée, quelque chose qu’on manifeste quand on veut défendre une œuvre mais c’est seulement à force de pratiquer qu’on peut parfaire notre défense. On ne devient pas pour autant à l’abri des autres critiques mais c’est tant mieux car c’est peut-être la meilleure manière de progresser.

Au final je me suis beaucoup répété et je n’ai pas réussi à être aussi concis et précis que je l’imaginais au départ. J’ai sans doute perdu pas mal de monde en chemin en route mais merci à ceux qui seraient venus jusqu’ici. Bien que je prenne un ton assez “général”, ça reste mon opinion alors faites vous un plaisir à le démonter. Comme quiconque est amené à réfléchir sur sa manière de vivre à un moment donné, je l’ai fait à ma manière sur la critique. Peut-être que dans quelques mois ou années j’aurai une opinion complètement différente mais je ne manquerai pas de vous casser les pieds à ce moment-là.

Pour ceux qui auraient trouvé la motivation à critiquer en lisant cet article n’hésitez pas à rejoindre Vaikarona (Pub ! Pub ! Pub !) ou à rejoindre une autre équipe, à fonder votre propre base et à nous tenir au courant. Pour ceux qui connaissent déjà l’exercice, n’hésitez pas à donner votre avis, à me contredire, à soutenir ou à surpasser en parlant de votre propre expérience.

L’ensemble de la chronique a été illustré par des images de Nichijou que je conseille vivement. Pour chaque émotion que vous ressentirez dans votre vie, il y a un GIF de Nichijou qui existe pour l’illustrer avec puissance et démesure. Je vous laisse donc… avec de la violence gratuite :



1 : Petit exemple avec l’analyse du Voyage de Chihiro sur Kanpai.fr : http://www.kanpai.fr/culture-japonaise/voyage-chihiro-analyse

PS : Cette chronique a été écrite après un voyage merveilleux au pays des arc-en-ciels et des vaches multicolores.

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&s commentaires
  1. J’applaudis à ce très bel article ! Je partage le même avis et c’est dommage que je ne l’ai pas lu avant (je ne connaissais pas encore Vaikarona en 2015, snif) car ça m’aurait bien motivée à me lâcher plus tôt dans mes critiques. Aujourd’hui c’est chose faite mais mon blog je l’ai depuis 2010 et ce n’est que depuis l’an dernier je dirai que j’ose vraiment écrire ce dont j’ai envie, que ce soit pour tacler ou féliciter XD
    En revanche je trouve rigolo que tu ais du mal à faire une critique bien négative, pour ma part si j’adore une œuvre je n’arrive pas en parler aussi bien que je le voudrais (je tombe dans le “c’est trop cool” !). Mais les critiques négatives se laissent écrire un peu trop facilement chez moi – surtout quand je suis indignée par ce que j’ai vu haha.
    Mais c’est toutes ces différences, d’un blogueur à l’autre qui font tout l’intérêt 🙂 Oh et j’en conclus que ton opinion reste la même deux ans plus tard vu que tu ne sembles pas avoir retouché ton texte ? ^^

  2. Je vais rougir arrête o/. Comme la plupart des articles je me sens un peu honteux à chaque fois que je le relis. J’ai fait cet article justement parce que j’aurais voulu commencer à écrire plus tôt. Maintenant j’aimerais bien continuer à écrire comme avant… Ce qui ne devrait pas tarder ;).

    L’inverse, je suis un bisounours. Pour autant je suis incapable de faire une critique ultra positive d’une oeuvre. J’aimerais pouvoir m’indigner aussi, c’est utile pour prendre du recul et ne pas se contenter de supporter.

    Hmm en vrai j’ai légèrement retouché le texte mais le fond reste le même. C’est juste qu’après 2 ans j’ai envie d’en dire beaucoup plus, d’aller en détails sur tous ces aspects qui font qu’il est intéressant d’écrire à propos de la culture qu’on consomme ; que ce soit pour en produire ou pour apprendre de nos visionnages.

    PS : Sympa la MAJ de 1 personne = 1 multitude

    1. Si t’es honteux en relisant un article comme ça… je dois me sentir comment en voyant mes blabla quand j’étais au lycée mdr ! Avec la rentrée ça demande juste un peu d’organisation pour trouver le temps ^^ Bon courage d’ailleurs pour tes cours !
      C’est parce qu’il y a des bisounours comme toi que le net reste respirable 🙂 Après s’indigner tout en restant sympa ça doit être possible 😉
      En tout cas heureusement que tu as repartagé ton article, ça nous a permis d’avoir cet échange très instructif !
      (Merciiii~)

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