Underwater, d’un monde surnaturel à un songe mélancolique

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Article publié initialement le 19 Janvier 2017

Il y a une série qui, à chaque fois que je passe à ma librairie préférée me nargue et me fait rêver à l’idée que je puisse la posséder un jour. Plus que l’excellent travail sur l’édition française (bien joué Kana), c’est son contenu qui m’a fait vibrer par le biais de son adaptation animée. A la fois reposant, surprenant et envoutant, Mushishi a de quoi plaire. Que ce soit par l’aspect visuel ou par la plume de son auteur, Yuki Urushibara, c’est l’une de ces œuvres que l’on peut partager sans retenu.

Hélas avant de craquer et m’engager sur l’achat de tous les tomes du manga, il me faudra terminer les quinze autres séries incomplètes qui patientent dans ma bibliothèque. Hâte que ce jour arrive mais en attendant une bonne nouvelle est arrivée il y a peu : Ki-oon sort Underwater (Suiiki en japonais) du même auteur dans sa collection Latitudes, un format à rendre jaloux tous les amoureux des grandes éditions (1, 2) .

Mais voilà, Underwater parait à une date bien dangereuse. La série qui a été un véritable phénomène en automne, en dehors même du cercle habituel des amateurs d’anime, voit son œuvre d’origine sortir la même date. One Punch Man au sommet de sa gloire s’apprête à engloutir par la publicité intempestive et le bouche à oreille qu’il provoque les autres séries qui n’ont pourtant rien à se reprocher. Alors bonne chance Kasane, bonne chance les autres ! Quant à toi Underwater, bien que soutenu par le fond d’écran publicitaire de Manga-Sanctuary, je vais tout de même me faire le plaisir de parler de toi ici.

Grand Format 17×24 cm, papier et couverture de bonne facture, cette nouvelle collection nommée Latitudes1  propose depuis le 25 Octobre plusieurs nouveautés et rééditions comme Emma, Bride Stories ou encore l’Oiseau Bleu. Cette collection, à l’exception d’Unlucky Young Men, avait pour particularité de se présenter avec une typographie unique et une couverture relativement sobre. Bien que ce ne soit pas laid, ce n’est pas forcément un choix que j’apprécie et heureusement il ne s’applique pas non plus sur le manga de cette critique. Le titre, le nom de l’auteur leur police et leurs couleurs sont très bien choisis et soulignent un peu plus à leur manière l’avant-gout projeté par la sobre mais efficace couverture d’Underwater. Rajoutez à cela les magnifiques pages en couleur qui précèdent l’histoire et l’envie de se jeter sur le bouquin n’en est que plus forte.

Nous découvrons Chinami, une collégienne en cours d’athlétisme alors que la canicule s’abat violemment au Japon et impose d’importantes restrictions d’eau. Alors qu’elle rêve d’une baignade, la jeune fille décide de courir sans économie comme une tête brûlée et finit par s’évanouir comme assommée par la chaleur. Mais voilà, à son réveil ce n’est pas le terrain de sport qui l’attend mais une pluie diluvienne aux bords d’une grande rivière et autour d’elle, un décor verdoyant et sauvage, rien à voir avec le collège. Elle aperçoit quelques maisons mais avant de pouvoir y faire quoi que ce soit, entend son nom se répéter en écho et se réveille enfin.

Chinami y reviendra plus d’une fois, y rencontrera ses mystérieux habitants et leur situation peu banale. Un jeune garçon, Sumio, et un vieillard vivent seuls dans ce village ou la pluie ne s’arrête pas. Bien que les premières pages défilent, l’intrigue s’épaissit sans indices mais chaque rêve est une bouffée d’air et d’eau fraiche face au quotidien caniculaire de notre héroïne et le ton autoritaire de sa mère. Rien de bien original en fait, Underwater n’est pas le premier à utiliser le rêve comme une brèche vers un autre monde, une réalité parallèle ou un autre temps. Et puis qui n’a jamais eu envie de s’évader l’instant d’un soupir ?

Le déclic s’effectue discrètement, quelques cases clins d’œil et l’histoire prend une toute autre direction lorsqu’on s’éloigne de Chinami pour s’attarder sur son entourage, lié plus qu’il n’y parait aux aventures de la collégienne. Underwater prend alors un sens plus intime, plus convivial. Ce que sa mère désigne comme une histoire triste devient tout aussi dur à supporter pour les personnages que pour celui qui tourne les pages.

Le dessin d’Urushibara rend très bien ces sentiments par ses personnages, son talent à la mise en page et l’atmosphère qu’elle crée par son trait brumeux, trouble comme le rêve dans lequel on plonge et replonge avec fascination. Mais on peut avoir du mal à supporter un léger abus sur les trames et un autre souci qui donne quelques difficultés à la compréhension de l’intrigue.

Le style du mangaka bien qu’un plaisir pour les yeux ne parvient pas à créer des personnages physiquement très différents les uns des autres. Tous les garçons, toutes les filles possèdent à peu près le même visage et pour les distinguer il faut porter une attention soutenue à la chevelure de ces derniers. Yoshihiko Umakoshi2 qui avait officié sur le chara-design de l’anime de Mushishi avait réussi à retranscrire avec brio le style de l’auteur mais sans surmonter ce problème. Heureusement la série se débarrassait de ses personnages secondaires à chaque épisode. Heureusement encore l’auteur sait nous livrer des personnalités intéressantes et différentes qui finissent par s’imprégner à notre mémoire… J’avoue ce prétexte est juste une excuse pour citer Umakoshi mais peu importe, continuons.

Et c’est encore le cas dans Underwater, l’histoire avance et l’on s’attache à des personnages aux priorités différentes, avec une manière de percevoir le monde propre à eux ; nous permettant de découvrir le mystère derrière le village immergé à travers le prisme d’une multitude personnes.

De Chinami, sa mère et sa grand mère à Sumio et le vieillard avec lequel il vit, seuls habitants du rêve de notre héroïne et jusqu’aux autres familles et au village que l’on découvre au fil du récit. Tous ces personnages semblent liés au conte du dragon au fond de la cascade que nos protagonistes aiment contempler. Et pendant que l’on apprend à s’attacher et à comprendre ce qu’il se passe, tous ces éléments prennent un sens quasi sacré, comme si leurs soucis et leurs tracas étaient devenus nôtres.

Au fil de ce tome c’est une romance, une famille, un village et une légende que l’on a vu successivement se dérouler devant nos yeux et alors que les pièces s’assemblent presque naturellement, il faudra encore 1 tome pour comprendre ce qui lie si tragiquement Chinami et sa famille aux songes qui nous ont englouti dans plus de 250 pages de pur bonheur.


Underwater est une série en 2 tomes finis. Le 1er est disponible depuis le 14 Janvier et le second le sera le 10 Mars 2016. Malheureusement le second tome de One Punch Man sort également le 10/03 alors j’espère que vous serez au rendez-vous pour ce premier et second livre !

Mushishi est disponible sur Crunchryoll en anime et aux éditions Big Kana en manga.
Underwater est disponible en manga dans la collection Latitudes de Ki-oon.
Envie de gouter à un aperçu ?



1 : Annonce de la collection Latitudes sur Ki-oon.com
2 : Yoshihiko Umakoshi qui a déjà travaillé sur le chara-design de Casshern Sins dont j’ai parlé ici et que vous retrouverez bientôt sur sans doute l’une des futurs séries phénomènes de 2016 My Hero Academia3
3 : My Hero Academia que vous découvrirez aussi bien anime au Printemps par le studio Bones qu’en manga chez Ki-oon.

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