Blind Spot 3 – Malvoyance et Doublage font bon ménage

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Article initialement publié le 5 Février 2016

Si vous ne connaissez pas Blind Spot il y a peu de chances que cet article vous intéresse, je vous redirige donc, pour ceux qui se sentiraient intéressés à l’article sur le tome 1 de cette série. Vous êtes cependant libre de vous spoiler et de découvrir l’histoire par la fin mais dans ce cas je serais dans l’obligation de vous trouver bizarre.

Et quitte à être clair, je vais tranquillement commencer par annoncer la fin, ça ne gêne personne n’est-ce pas ?

Ayako Suzumiya est en compagnie de sa nièce et de son neveu. L’histoire qu’elle vient de raconter s’achève et ses amies se tiennent devant elle, témoins du chemin qu’elle a parcouru jusqu’à la fière femme, proche de la trentaine qu’elle est devenue.
Alors que le lecteur se réveille tout doucement de cette histoire en 3 tomes, son protagoniste clôture l’album photo comme le chapitre de leur vie qui nous a été donné de voir. Une nouvelle page est en train de s’écrire, Karen attend un enfant et Ayako s’apprête à annoncer une grande nouvelle mais nous n’y sommes pas conviés. Le livre se referme et l’on peut retourner à nos propres vies.

Il y a cependant de quoi être comblé. Depuis la lycéenne en difficulté jusqu’à la grande femme aux rêves accomplis, le parcours d’Ayako aura été fantastique. Que ce soit la si compliqué Miho, le troublant Ogata, les oppositions avec ses parents, le décès de son cousin ou encore son entrée dans le monde du doublage, les difficultés ont été nombreuses mais Ayako a su les surmonter et s’en servir comme les moteurs de sa motivation.

S’ouvrant avec la cérémonie d’année, le 3e tome a été le dernier mais aussi le plus marquant et difficile palier dans l’ascension d’Ayako. Notre héroïne quitte son uniforme et la tranquillité du lycée pour partir à la conquête de ses rêves sur un sentier qu’elle est à la seule pouvoir construire.

Fini les hésitations et longueurs du début, Guillaume Lebigot n’a jamais été aussi agréable à lire. Une écriture fluide et touchante transmet les émotions et l’histoire avec une adresse remarquable. Ce volume tient un équilibre maîtrisé entre handicap et le métier de doubleuse sans jamais oublier les thèmes chers des premiers tomes comme l’amitié et la famille. Le tout forme quelque chose de très agréable à suivre, trouvant son point culminant dans le dernier et grand mur à s’être dressé devant notre héroïne.

Vous souvenez-vous ? L’accident d’Ayako a remis complètement en question tous les efforts que nous avions pu voir à l’œuvre dans les premiers tomes. L’handicap n’avait jamais été aussi contraignant qu’à ce moment au point de mettre en danger toutes ses ambitions. S’est posé alors un dilemme : Rester avec une vue aussi diminuée par l’accident toute sa vie ou prendre le risque de tout perdre avec une chance de réaliser ses rêves ? Vous connaissez la réponse et vous savez ce qu’il en est devenu. Une fois le mur écroulé par le fruit de sa détermination et du soutien de ses amis, une grande autoroute, non sans embuches, s’est ouverte à notre héroïne.

Le 1er tome avait bien insisté sur le ressenti d’Ayako alors qu’elle prenait possession pour la première fois d’une canne blanche et d’une paire de lunettes. Celui-ci laisse une plus grande part à ses interactions, nous laissant apercevoir plus largement de quelles manières des inconnus peuvent réagir face à une malvoyante mais aussi les difficultés qu’il y a à essayer de se démarquer pour ce qu’on est lorsque le handicap est la première chose qui se fait remarquer.
De l’autre côté ce coup de projecteur sur le métier de doubleur au Japon est loin d’être inintéressant. Que ce soit avec l’apparition du manager ou à travers les yeux d’Ayako. On découvre un travail assez intéressant, encore plus si l’on aime l’animation et que l’on s’intéresse aux doubleurs, mais le tome est court, et les explications n’iront pas en profondeur.

Ce qu’il y avait également d’intéressant dans ce 3e livre c’était de voir ces personnages, pour lesquels on a fini par développer une certaine affection, grandir et suivre leurs objectifs malgré les difficultés tout en essayant de franchir une nouvelle étape de leur vie. Du coup le mot “conquête” que j’ai utilisé tout à l’heure ne désigne qu’un aspect du chemin qu’a parcouru Ayako. Bien que le nouvel appartement, le premier concours, le premier doublage, le premier rôle important et le premier concert aient été des étapes importantes, le plus intéressant fut de voir Ayako changer à toute vitesse, nous surprendre par moment, se remettre en question, se relever à chaque fois et devenir une femme à part entière pouvant regarder sa soi lycéenne avec fierté.

Ce n’est pas certes pas une évolution extrêmement original, mais en tant que “roman d’apprentissage” c’est un bel exemple qu’on ne peut pas rechigner à partager. Ce tome 3 ne souffre pas de beaucoup de défauts et je peux facilement le qualifier de bon light novel.
Blind Spot n’est cependant pas un chef d’œuvre. Les personnages sont attachants mais pas assez uniques, on voit encore au travers les traces des archétypes dont ils sont inspirés et je ne pense pas revenir à Blind Spot en me disant que Shizuka est Shizuka,que Karen est Karen. La série est trop courte pour s’attarder sur certains aspects du doublage et de la malvoyance et s’attarde un peu trop au lycée sans pour autant rendre cette partie intéressante.
Le dessin de Saeko Doyle est super, je me souviens être retourné plusieurs fois devant quelques illustrations en me disant qu’Ayako était jolie et que ses sentiments paraissaient sans aucun souci.

La critique que je fais est-elle injuste ? Complètement. Je suis littéralement en train de critiquer le fait que Blind Spot ne soit pas un chef d’œuvre mais simplement un super moment, intéressant pour ce qu’il offre sur le handicap et la vie au Japon d’après un Français, avec des personnages attachants et de belles images. En tant que premier light novel français, Blind Spot honore très bien son rôle mais j’ose croire que ce que j’ai vu dans cette série en 3 tomes n’est que le potentiel en ébullition de 2 auteurs qui n’ont pas fini d’évoluer mais aussi de toute une communauté grandissante de futurs auteurs de light novel tels que j’ai pu en voir sur quelques forums.

Si j’ai un jour cliqué sur le bouton “acheter” c’est parce que je voulais savoir ce que pouvait faire un auteur français avec un light novel et je n’ai pas été déçu de découvrir plus qu’une belle porte d’entrée aux LN français. Blind Spot a un sens très particulier pour moi parce qu’il fait parti de ces engrenages qui m’ont coincé à jamais dans la culture que nous partageons sur ce site. Du coup je suis ravi d’avoir pu faire la critique des 3 tomes, si la série n’est pas exempt de défauts, je n’hésiterai pas à la défendre et la recommander à chaque fois qu’une occasion se présentera.

Si vous aussi avez aimé Blind Spot n’hésitez pas à faire de même. En attendant je vous retrouve dans quelques jours pour une interview loin d’être étrangère à cette critique. A bientôt !

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