Mission d’infiltration : AVP Your Name

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Article initialement publié le 11 Décembre 2016

On ne le présente plus, “Kimi no Na Wa” ou encore “Your Name“, le nouveau film d’animation du réalisateur Shinkai Makoto en a fait frissonner plus d’un. Sorti le 26 Août au pays du Soleil Levant, ce long métrage d’une heure et quarante-sept minutes, a fait énormément parler de lui et cela se comprend aisément. Ce qui a fait couler autant d’encre ? Son succès fulgurant au box office japonais.

En à peine quatre mois, le film a réussi l’exploit de hisser en haut du podium, devenant ainsi le troisième film d’animation le plus rentable de toute l’histoire du Japon. Avoisinant il y a dix jours, 19 492 000 000 de yens soit la bagatelle de 14 986 000 tickets vendus, rien qu’au Japon.

Par ce succès pour le moins insoupçonné, l’oeuvre détrône ainsi un des chefs-d’oeuvre de Miyazaki Hayao, j’ai nommé “Mononoke Hime” (Princesse Mononoke), qui jusqu’alors occupait cette fameuse troisième place.

Pour tenir le cap face à cette vague d’intérêt général, Your Name s’est offert une distribution dans pas moins de 85 pays. Et la France ne fait pas exception à la règle. Oui Messieurs (et Mesdames hein, me tapez pas), nous l’attendions tous avec impatience. Ta timeline en était surchargée, t’en souviens-tu ?

C’est maintenant chose faite. Avant hier soir, Your Name pouvait être visionné en avant-première, dans les cinémas porteurs de l’offre, par des français totalement surexcités. Enfin, surtout ceux qui avaient le cul bordé de nouilles, comme on dit. En à peine trente minutes, l’AVP au cinéma des Halles (sur Paris) avait déjà écoulé ses 350 places.

C’était une épreuve de rapidité sans nom. Pourquoi un tel engouement pour Paris ? Si Paris a suscité un tel engouement, c’est avant tout car elle recevait un invité de marque. Et c’est le réalisateur du film, Makoto Shinkai en personne, qui nous faisait l’honneur d’être présent à cette première. Remercions d’ailleurs Amel d’EuroZOOM sans qui rien de tout cela n’aurait été possible.

Ayant été présent à l’AVP sur Paris, j’ai décidé de rédiger ces quelques lignes afin de vous partager mon ressenti en ce qui concerne le film, le tout sans spoilers.

Avant toute chose, laissez-moi vous rappeler le synopsis en quelques lignes :

“Mitsuha, adolescente coincée dans une famille traditionnelle, rêve de quitter ses montagnes natales et son village d’Otomori, pour découvrir la vie trépidante de Tokyo. Elle est loin d’imaginer pouvoir vivre l’aventure urbaine dans la peau de… Taki, un jeune lycéen vivant à Tokyo, occupé entre son petit boulot dans un restaurant italien et ses nombreux amis. À travers ses rêves, Mitsuha se voit littéralement propulsée dans la vie du jeune garçon au point qu’elle croit vivre la réalité…

Tout bascule lorsqu’elle réalise que Taki rêve également d’une vie dans les montagnes, entouré d’une famille traditionnelle… dans la peau d’une jeune fille ! Une étrange relation s’installe entre leurs deux corps qu’ils accaparent mutuellement. Quel mystère se cache derrière ces rêves étranges qui unissent deux destinées que tout oppose et qui ne se sont jamais rencontrées ?”

Allociné

Arigato gozaimasu, copié/collé-kun.

Un scénario parfois bancal

“C’est pas mal” – c’est ce que je me suis dit tout au long du film. Le scénario de Your Name est intéressant, il dépeint une situation qui est pourtant commune à beaucoup d’œuvres de Makoto Shinkai : l’amour entre deux êtres qui se cherchent mutuellement mais qui ne peuvent lutter contre les dégâts du temps et la distance qui les sépare. Vous sentirez d’ailleurs quelques ressemblances avec 5 Centimètres par Secondes ou Garden of Words. Toutefois, bien que le réalisateur s’inspire quelque peu de ses précédentes œuvres, l’ambiance globale du film quant à elle se veut plus humoristique  en début de partie. L’échange des corps “subi” par nos deux protagonistes n’est en rien laissé au hasard. Chaque “changement” est accompagné de situations loufoques à l’humour décoiffant. Pour information, toute la salle s’est marrée, cela ne veut rien dire mais c’est à noter.

J’avais peur que cela devienne un peu trop redondant mais j’ai été agréablement surpris par le sérieux de Makoto Shinkai. L’humour n’est pas de trop, il n’est pas omniprésent non plus. Il est pertinent et le public peut largement être réceptif à son appel. Nos deux protagonistes ne tombent pas dans une forme de fan-service quelconque, ils se contentent de suivre une certaine logique en se posant les bonnes questions : “Est-ce un rêve ?”, “Vais-je causer des problèmes ?”, “Qui est t-il/elle ?”. Au fur et à mesure, nos deux adolescents vont apprendre à se connaitre en échangeant à travers divers moyens de communication. Ce qui est très ingénieux. Personnellement, je n’ai jamais vu ce cas de figure dans une oeuvre d’animation, c’était plaisant.

Pour ce qui est de la seconde partie du film en revanche, le rythme y est plus “fracturé”. On se retrouve dans une situation déplaisante dans laquelle nos deux personnages finissent par être séparés. Ne vous inquiétez pas, je ne rentrerai pas dans les détails. Quoiqu’il en soit, l’ambiance y est lourde et relativement oppressante, ne laissant plus de place à l’humour rencontré auparavant. M.S parvient à dépeindre des situations de manière équilibrée aussi bien au niveau de la réalisation que de la psychologie des personnages. Malgré tout, même si tout le tempo du film change d’un coup, cela ne veut pas dire que cela se passe mal. Même si le changement d’ambiance est net, il n’en demeure pas “brutal”.

Néanmoins, l’un des gros problèmes de Your Name, c’est qu’on a parfois du mal à savoir où cette aventure va nous mener. Tout en sachant, qu’une tonne de péripéties et de retournements de situation seront à l’oeuvre. Mais encore une fois, je n’en parlerai pas. Il peut arriver que le spectateur s’emmêle un peu les pinceaux en découvrant ce qui lui tombe dessus. Cela produit une perte de rythme (minime certes mais néanmoins présente) à certains moments, qui pourra en effrayer plus d’un.

Par exemple, quelques monologues demeurent complètement useless tant les actions parlent d’elles mêmes. Makoto Shinkai aurait-il peur des séquences silencieuses ? La hantise de reproduire un ersatz de 5 centimètres par seconde ? Bref, quelques passages à vide pas bien dérangeants. Encore une chose, la compréhension globale de l’oeuvre nécessitera peut-être un re-visionnage de votre part, afin d’en saisir toutes les subtilités. C’est d’ailleurs un point qu’à souligné Makoto Shinkai lors de la séance de question/réponse. Vous êtes prévenus.

Une esthétique de toute beauté

Décoiffant, dépaysant et époustouflant, voilà ce que je me suis dit en sortant de la salle. “Une production en deux ans. J’ai travaillé la première année sur le scénario et les storyboards et la deuxième était consacrée à la production avec mon équipe” – Propos tenus par Makoto Shinkai lors de la séance de question/réponse. Une production colossale qui se ressent à l’écran. C’est avec un immense plaisir que nous retrouvons l’esthétique de Makoto Shinkai. Il a vu grand, très grand en nous dévoilant une oeuvre qui lui est chère. Un élément fait mouche au premier regard : Le Ciel.

Propre au style de Makoto Shinkai, le ciel est ici un élément centrale de la réalisation de Your Name. Omniprésent, les cieux sont ici sublimés via l’utilisation de panoramiques somptueux. Faisant écho aux envies de découvertes et de liberté véhiculées par Mitsuha (plus que Taki), le ciel se dévoile dans son plus bel apparat. A la fois vaste et passionnant, ce ciel sublimé par des étoiles scintillants de mille feux, est pour nos personnages un point de repère. Bien qu’une certaine distance les sépare, le ciel lui, leur rappelle que leur lien est inscrit au plus profond de leur être. Il les aide à ne pas sombrer dans la tristesse.

Les décors sont bluffants, allant d’une ville de Tokyo on ne peut plus réaliste (l’affichage de la bourse, les pubs, les trains, les métros…) au cachet rural du village d’Otomori. Tout est là pour vous faire rêver, le dépaysement y est total. J’étais littéralement bluffé par la qualité de l’animation et des moyens mis en oeuvre pour nous faire quitter la France en l’espace d’une heure quarante. Le chara design de Masayoshi Tanaka s’harmonise parfaitement bien à l’ensemble, les émotions passent à merveille sur les visages de n’importe quel personnage, le tout sans fioritures. Ma plus grande peur était d’être dégoûté par des visages incomplets, “technique” auparavant utilisée par Makoto Shinkai (notamment sur 5 centimiètres par seconde), visant à ne pas finaliser les lignes d’un visage sur des plans d’ensemble, pour gagner du temps.

Heureusement (c’est un euphémisme), ce n’est pas le cas. L’animation est clean, c’est beau à regarder. La bande son se mêle à l’ensemble avec pertinence et fraîcheur. En outre, la séquence d’ouverture donne le la, en nous dévoilant un “opening” (chose assez rare) sur la musique “Dream Lantern” du groupe de rock japonais “RADWIMPS“, qui compose l’entièreté du film. Petite anecdote à ce propos, Makoto Shinkai nous a révélé qu’il s’était grandement inspiré de la séquence d’ouverture des films 007. La bande son de Your Name est un plaisir pour les oreilles en s’accordant parfaitement avec n’importe quelles situations. C’est un plaisir pour les oreilles et ce tout du long. Vous pouvez d’ailleurs l’écouter ici si cela vous chante (Chante… T’as compris ? Non partez pas !)

Savoir d’où l’on vient, pour savoir où l’on va

Après avoir parcouru les différents avis de la communauté suite à mon visionnage de Your Name, je tenais à éclaircir certaines choses. Vouloir comparer Makoto Shinkai à Hayao Miyazaki, c’est faire preuve d’une certaine médisance à l’égard de la carrière et de l’esthétique de Shinkai. Avec Your Name, il nous a démontré qu’il était un réalisateur accompli ayant trouvé sa propre voie sans l’aide de personne. Certes, ses inspirations sont nombreuses, mais ça, n’importe quel artiste en a.

Pour savoir d’où l’on vient, il faut savoir où l’on va. Et ça, Makoto Shinkai l’a bien compris. Il signe avec Your Name un changement de cap dans sa carrière en se détachant entièrement de ces prédécesseurs. Le choix de la séquence d’ouverture en est exemple parfait. Bien qu’il apprécie et qu’il respecte énormément son aîné (son film préféré d’Hayao Miyazaki étant “Le Château dans le Ciel“), Shinkai nous dévoile un film qu’il a pris plaisir à réaliser tout en démocratisant son style qui est désormais complètement discernable.

Kimi no Na Wa est à mon sens, son meilleur film. C’est une oeuvre symbolique qui est loin d’être vide de sens. S’inspirant directement du séisme de 2011. Avec Your Name, Shinkai nous fait le message suivant : “Toute notre vie peut partir en fumée en l’espace d’un instant. Rien n’est éternel, hormis les liens qui nous unissent à ceux qui nous sont chers”. Bien que ce symbolisme est propre au peuple japonais, le film réussit le pari fou, de transmettre ce message à tous les spectateurs et ce qu’importe leur origine.

Et ce n’est qu’une partie des inspirations de Your Name. Par exemple, l’échange de corps via le monde du rêve, vient d’un poème d’une poétesse japonaise racontant son histoire personnelle, dans laquelle elle rêvait toutes les nuits de l’homme qu’elle aimait. Mais au réveil, elle avait oublié son nom. D’ailleurs, Makoto Shinkai nous a appris qu’il s’était également inspiré de son propre passé, racontant qu’il avait lui-même vécu une relation amoureuse qui avait prit fin suite au déménagement de sa copine. Ça ne vous rappelle rien ? 5 centimètres par seconde.

En regardant Kimi no Na Wa et en écoutant les propos de son réalisateur, je me suis dit ceci : “Il a mûri en tant que cinéaste, il n’est plus comparable à un autre”. Makoto Shinkai a réalisé avec Your Name, une véritable oeuvre d’art occultant totalement les défauts de réalisation, caractéristiques de ses précédents films. Les personnages sont intéressants (ce qui nous change agréablement de d’habitude), l’histoire bien que difficile à cerner, est bien ficelée. Attention cependant à rester concentrée afin de ne pas être dépassé par les événements.

L’ambiance globale du film est suffisamment malléable au niveau de son rythme pour pouvoir coller parfaitement à toutes les situations rencontrées par nos deux protagonistes. Cependant, nous remarquerons la présence de monologues inutiles, dans des séquences où seules les actions suffisent. L’animation quand à elle, est somptueuse et capture à merveille tous les mouvements et les expressions faciales. La réalisation est impeccable et nous amène son lot de plans (notamment des panoramiques et travellings en 360°) montés avec minutie.

L’ensemble est soutenu par des doubleurs investis, se donnant à fond tout du long, ce qui donne un rendu subtil et agréable à suivre. Mention spéciale au doubleur Ryonosuke Kamiki (Taki), qui joue incroyablement bien une fille dans le corps d’un garçon.

J’ai aimé Kimi no Na Wa. Il m’a littéralement scotché à mon siège et ce dès les premiers plans. Très franchement, celui qui me dit que Your Name n’est pas beau à voir, c’est qu’il a vraiment de la merde dans les yeux et je pèse mes mots. Shinkai rejoint la cour des grands et il le mérite amplement, c’est Nox qui vous le dit. Voilà, voilà. J’espère que cet article vous aura plu, n’hésitez pas à le partager toussa toussa. Si vous voulez exprimer une quelconque forme de mépris à l’égard l’oeuvre, ou bien que vous faites parti tout comme moi de la masse dite “fragile”, spectatrice des films commerciaux, alors n’hésitez pas à me faire part de votre point de vue. Mais n’oubliez pas de suivre la voix de la raison, ne massacrez pas la langue française. Ou bien, vous pouvez passer votre chemin et aller voir le nouveau film de Clint Eastwood, c’est à vous de voir 🙂

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