Origine : Spirits of the Past : gâcher votre temps devant de belles images

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Article publié le 20 Février 2016

Origine, Spirits of the Past ou Giniro no Kami no Agito (traduit Akito aux cheveux gris) est un film de 2006 par le studio Gonzo que j’ai découvert la nuit du passage au nouvel an après avoir sobrement festoyé sans forcément vouloir dormir. Il est réalisé par Keiichi SUGIYAMA qui n’a que très peu d’animes à son actif notamment le peu connu Neon Genesis Evangelion au storyboard. C’est le film que j’ai choisi de chroniquer parce qu’il me fallait en bon enfoiré camarade vous donner la possibilité d’en savoir plus sur ce film dont on n’entend quasiment plus parler aujourd’hui. Je vais donc vous raconter pourquoi Origine n’est à mon sens pas une bonne manière de commencer 2016.

Commençons par le synopsis fait maison :

Agito et Cain, habitent un monde ou la végétation a repris ses droits. L’humanité se divise pour savoir s’il faut cohabiter avec ou combattre ce monde. Toola, réveillé d’un sommeil séculaire va changer le cours de cet affrontement et entraîner Agito au coeur du chaos.

Le film commence dans l’espace. La lune se fait déchirer par ce qui semble être des racines se propageant à une vitesse hallucinante. Les plans fourmillent de détails pour nous montrer à quel point ce qui se passe est impressionnant et gigantesque. Le tout est bien rythmé ; couplé avec brio au thème d’ouverture, celui que vous entendez, qui donne une intensité démesurée la scène. Pendant que j’essayais de comprendre ce qu’il se passe, je me faisais littéralement happé par la musique. Je partais donc avec l’assurance que j’étais en train de mater un bon film.

Le problème c’est qu’il n’y a rien dans les 85 autres minutes qui n’égalent cette introduction. Alors certes Gonzo a un catalogue assez varié entre perles et séries oubliables mais il était loin de n’y avoir que du mauvais dans le staff qui composait pour ce film. On pouvait même compter quelques noms assez connus comme celui d’un grand monstre, Iwasaki Taku qui a fait les bandes originales de Tengen Toppa Gurren Lagann, Gatchaman Crowds, R.O.D ou encore Jojo’s Bizarre Adventure : Battle Tendency. Mahiro Maeda le mecha-designer du film était aussi scénariste sur la série Nadia et le secret de l’eau bleu et à la réalisation de l’épisode Second Renaissance de The Animatrix. Et tant qu’à parler de cette vidéo, l’animation clé de cette séquence a été faite par Masami Goto que l’on connait aussi pour quelques beaux sakugas dans Gundam et un sublime dans le film Cowboy Bebop.

Mais bon revenons sur ce film. Toola vient d’un passé ressemblant à notre époque (à nous les spectateurs), elle ne sait rien de l’endroit ou elle se trouve et sert un peu de boite à questions pour que nous puissions comprendre ce qu’il se passe. On découvre un monde post-apocalyptique magnifique habité par des Hommes en conflit avec chacun leurs petits secrets. Les informations sont donc donnés au compte-gouttes sur les 1h30 du film. Dans le même temps Toola s’habitue à sa nouvelle vie et fait la rencontre d’un cliché agaçant : la meilleure amie d’enfance d’Agito qui a des sentiments pour lui mais ne fait rien pour les concrétiser. C’est d’ailleurs à cause d’elle que l’histoire va déraper. Cette dernière a eu la bonne idée de révéler à l’ennemi, l’existence de Toola (Comment ? Je spoile ?).

Le camp d’Agito est celui de la Cité Neutre défendant une cohabitation avec cette nature envahissante et incontrôlable. Il s’oppose à Ragna, une ville avec un air de Steampunk (avec du rouge partout parce que faut pas rigoler, on est des originaux nous) qui prône la destruction de ce qu’ils appellent la “forêt” et une re-civilisation du monde. Opposition amusante car la cité Neutre qui a un mode de vie très “écologique” veut vivre avec une forêt issue de la manipulation génétique (cf. L’introduction vidéo ci-dessus). Plus amusant encore le fait que Télérama, Sciences & Vie Junior et Kazé nous vendent ce film comme “un divertissant conte écolo-futuriste” et une “fable écolo et épique”.

Le problème c’est qu’avec cette étrange forêt, rien dans ce film ne semble pouvoir faire l’éloge de l’écologie. Aussi bien quand Agito se dope avec les pouvoirs conférés par la forêt (et revêt sa tenue tue-charisme) en échange des 2 tiers de son espérance de vie que lorsque la survie de la Cité Neutre dépend de son obéissance à un conseil mystérieux de la forêt. Pire encore, l’intrigue de ce film ne semble même pas appartenir à son univers. Cet histoire aurait très bien pu se passer dans un bordel au Mexique, dans le ventre d’un monstre tentaculaire ou dans une fromagerie qu’il n’y aurait pas eu de différence. L’univers qui a été construit est à peine utilisé au profit d’une intrigue avec un grand air de déjà-vu. Exit donc des informations sur le conseil, le mode de vie de Ragna, ce qu’il s’est passé durant la centaine d’années qui sépare l’accident et l’époque du film. Bonjour les robots pas beaux, le combat de super-pouvoirs, le méchant qui veut détruire le monde, le héros sans caractère, sans charisme et le kidnapping sans surprise de Toola.

C’est pour ces raisons en plus de quelques incohérences que j’ai envie d’étriper chaque personne qui durant mes recherches ont marqué en commentaire que c’était un hommage réussi et brillant à Nausicaa du Studio Ghibli. Que préférez-vous ? Agito beuglant le nom de Toola à chaque fois qu’il s’approche d’elle en se cassant la gueule ou Nausicaa princesse courageuse qui risque sa vie pour son peuple et des inconnus ?

Origine est un gâchis de talent. C’est une nouvelle preuve que faire du beau ne suffit pas à rendre le contenu bien. Je ne compte pas le nombre de films et séries qui mériteraient un pareil investissement sur l’apparence. Si l’on devait sauver Origine on pourrait dire que c’est une magnifique collection de fond d’écran, le travail sur les décors est celui qui se démarque le plus, époustouflant serait un faible mot pour le décrire. Si jamais il devait vous arriver de voir ce film, regardez-le dans la plus grande résolution possible (en bluray chez Kaze), si vous passez votre chemin, n’hésitez pas à vous servir avec les images qui clôturent cette chronique.

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