Our Summer Holiday : Mentir, une histoire de famille

S’il y a bien quelque chose qui motive dès le départ à ouvrir Our Summer Holiday, c’est la couverture du manga : deux adolescents qui se tiennent la main en regardant l’horizon avec un sérieux intriguant. Le soin apporté aux fleurs, le ciel qui décline et le passage d’un train en fond sont des accessoires efficaces pour exprimer le talent de la dessinatrice et auteure, Kaori Ozaki. Enfin, le titre de l’édition française résonne avec le décor, le soin apporté sur l’éclairage, les habits d’été du jeune garçon et le yukata de la fille.

On se doute bien qu’il y a quelque chose entre eux qui n’est pas de l’amitié. Leur manière de se tenir les mains parait tout sauf anodine. Quant à savoir ce qu’il en est, le manga ne perd pas son temps. On découvre ainsi dès les premières pages le garçon, Natsuru, pratiquement médusé par Rio. Les deux sont âgés de 11 ans. Natsuru est passionné par le football, ne s’intéresse pas à l’amour et aux filles mais ne peut s’empêcher de fixer Rio qui se démarque déjà par sa grande taille. Elle semble timide mais est particulièrement attentive aux détails en plus d’être sérieuse et débrouillarde.

L’histoire d’Our Summer Holiday, fait donc la description du parcours de leur relation, tantôt attendrissant tantôt susceptible de nous inquiéter. Beaucoup de sentiments passe sans mots, par des regards ou des mimiques. Natsuru est la paire d’yeux principale et c’est par lui qu’on découvre et s’attache à ce qu’il y a de singulier dans cette histoire qui va les amener par une rencontre hasardeuse en compagnie d’un chat, à une autre sous le brasier estival, à vivre ensemble quelques temps. Une situation peu banale certes qui joue sur leurs personnalités : des enfants quoiqu’un peu mature pour leur âge mais qui ne connaissent pratiquement rien de ce qu’ils éprouvent.

Our Summer Holiday apparait cependant autant comme une histoire d’amour que comme un récit sur les rapports conflictuels que l’on peut entretenir avec sa famille et ses proches. La relation que Natsuru entretient avec sa mère témoigne de l’amour qu’il lui porte : il tient à elle, veut son bonheur et s’entend bien avec. En ce sens, il est aussi capable de lui cacher des choses, il a peur de l’inquiéter et veut faire bonne impression auprès d’elle. C’est un rapport similaire et différent que Rio entretient avec Natsuru. Elle l’apprécie mais au fur et à mesure qu’elle s’ouvre à lui on comprend qu’il y a des choses qu’elle ne voudrait absolument pas dire.

On découvre une jeune fille qui vit seule avec son petit frère, qui fait les courses avec lui et qui tient à elle-seule la petite demeure familiale. Quand Natsuru fuit ses problèmes et se retrouve invité chez eux, elle se retrouve obligée de lui expliquer partiellement sa situation. Bien que ça ne lui suffise pas, Natsuru s’en accommode, il se plait à les côtoyer. Et pour le lecteur qui suit leur quotidien, les éléments qui dérangent et intriguent deviennent plus pesant : le miracle de ces vacances d’été ne semble pas tenir sur grand-chose.

Le tout est facilité par la mise en page de Kaori Ozaki, le passage du temps est superbement illustré, se permettant d’être contemplatif à plusieurs reprises, de se poser sur les moments douloureux et d’avoir pourtant un certain rythme bien qu’il y ait peu d’action. On passe peu de temps au même endroit, on goute au festival, à la plage, aux après-midis d’été, aux sessions de foot ou aux courses sans jamais s’ennuyer. Le manga touche à différents thèmes comme la mort, la compétition, la jalousie, l’amour, l’absence, tant d’occasions de comprendre un peu plus les personnages et comprendre pourquoi Rio et Natsuru ont cette maturité.

Le tout est orienté par un sujet principal sous-entendu dans chaque instant et plutôt explicite dans le titre original :  神様がうそをつく。(Kami-sama ga Uso wo Tsuku) qu’on pourrait traduire par Dieu raconte des mensonges. Le manga est une galerie à mensonges bien que la plupart semblent insignifiants. C’en est un lorsque Natsuru, gêné par cette fille qui lui offre des chocolats, décide que les filles ne l’intéresse pas ; c’en est également un lorsque le nouvel entraineur est remplacé avec pour seul motif le fait qu’il soit de la JFA ; ou encore lorsque Natsuru cache un chat à sa mère.

Ce n’est pas qu’une bête énumération de l’auteur mais plutôt un effort pour montrer à quel point le mensonge est présent dans nos quotidiens comme dans celui de nos protagonistes. Il se montre sous plusieurs formes et l’une des plus courantes est sans doute ce mensonge embêtant qu’on ne peut pas qualifier de strictement mauvais : c’est ce mensonge que l’on raconte pour protéger quelqu’un, pour défendre quelque chose ou pour préserver une situation. Ils ont mis en opposition à d’autres cruels, comme celui du père de Rio fait avec un sourire presque sincère. Our Summer Holiday présente ainsi une sorte de morale qui consiste à dire que par amour on peut faire des choses mal comme mentir et qu’il convient de temps à autre de faire avec car ces mensonges ne sont pas portés par les pires intentions et sont des preuves d’amour comme d’autres. Et il y a des situations, comme celle que l’on découvre autour de Rio, qui mérite d’y réfléchir à deux fois. Le manga fait ainsi preuve d’une grande clémence. Le dernier quart en est une belle preuve.

Le problème c’est que l’auteur ne parvient pas à faire autre chose que normaliser le mensonge. S’il parait inévitable de mentir de temps à autre, l’absence de sanctions rend le mensonge pratiquement excusable. C’est peut être un point de vue puéril mais le mensonge reste un manque de confiance et une source d’inquiétudes, ne pas le condamner c’est en quelque sorte l’inviter. Le manga est intéressant en ne montrant pas des réactions clichés ou des parents surprotecteurs mais ne parvient pas à trouver le juste milieu. J’ai eu un peu de mal avec ce traitement, surtout qu’il contribue à faire éclater la tension dramatique de la dernière partie.

Hormis ce dernier point Our Summer Holiday reste une lecture très agréable, qui repose sur plusieurs autres moments de tension, dont un à faire frémir. Il y a de quoi réfléchir sans être pour autant tourmenté. La maturité des personnages les rend très accessibles, au point ou on pourrait se demander si on a vraiment affaire à des écoliers. Le style de l’auteur est très appréciable et je n’attends qu’à le revoir. Les auteurs qui parviennent à parler de sujets sérieux en nous faisant ressentir une foulée de sentiments différents sont ceux que je préfère et Kaori Ozaki en fait certainement partie.

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8 Partages
&s commentaire
  1. Bonjour,
    ce titre a toujours attiré mon attention de par cette couverture colorée et les personnages qui y figurent. Pour autant, je n’ai jamais pris la peine de pousser plus loin ma réflexion.

    Merci pour ta chronique, elle me donne envie d’en découvrir un peu plus sur ce titre.

    Cordialement,
    Euphoxine.

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